On reconnaît pas mal de films avec cette petite description, n'est-ce pas? Une histoire de Cendrillon, Mean Girls, À vos marques, party! n'en sont que quelques exemples sortis rapidement sans réfléchir. C'est une mode au cinéma pour ado et ça plaît toujours. On aime voir le personage principal triompher des « méchants » de l'école secondaire pour arriver à ce qu'il veut. En tant que fille, on aime aussi que la petite nouvelle sans histoire finisse en couple avec LE plus beau gars.
Vous êtes vous jamais demandés si, par hasard, ce genre d'histoire arrivait vraiment dans la réalité? « Ben non, ça arrive pas. C'est rien qu'un film. » Donc les adolescents sans histoire, un peu différents des autres, ils restent des adolescents sans histoire, un peu différents des autres? « Y'en a que oui, y'en a que non, ça dépend... » Ah, alors ce ne sont pas tous les adolescents maltraités à l'école qui ont une fin heureuse? « Ben là... »
Moi, mon secondaire a été des plus agréable. J'avais mes amies, on s'amusait beaucoup, on a eu un superbe secondaire. Nous étions la « gang » bizarre, mais au fond, les gens s'en foutaient un peu et on s'en foutait aussi. Il y a eu des hauts et des bas, mais pour moi, le secondaire a été génial.
Pourtant, ce n'est pas tout le monde qui a cette chance-là. Il y en qui se font intimider tout au long de leur secondaire. Certains réussissent à passer au travers et à aller loin, mais d'autres n'y arrivent tout simplement pas. Ces autres, à 14, 15, 16, 17 ans, ne voient pas le bout du problème, ne sont pas aidés dans toute la mesure du possible et ne voient plus qu'une façon de mettre fin à tout ça, c'est de terminer leur courte vie.
Est-ce que c'est normal, à l'adolescence, d'en arriver là? Est-ce que c'est normal de souffrir à ce point-là?
Est-ce que c'est normal d'en parler seulement après qu'un malheur ne soit arrivé?
Combien d'adolescents se font intimider à l'école sans que personne n'en parle? Pourquoi est-ce que ça prend un suicide d'une belle adolescente de 15 ans pour que la province voit le problème?
Dans mon école secondaire, on avait une belle pancarte « Tolérance ZÉRO ». Si je ne me trompes pas, c'est dans toutes les écoles. Si une histoire comme celle de Marjorie Raymond peut arriver, alors je crois qu'on n'a pas la même notion de ZÉRO. On pourrait aussi dire « AUCUNE tolérance ». Ah, mais peut-être que c'est TOLÉRANCE qui n'a pas été compris. Tolérer quelque chose, c'est ne pas user, souvent avec condescendance, du pouvoir, de l'autorité que l'on détient pour interdir quelque chose, pour empêcher de faire quelque chose. Donc Tolérance ZÉRO, ça veut dire: on ne tolère pas l'intimidation. Ça devrait aussi vouloir dire: si quelqu'un dit qu'il est victime d'intimidation à l'école, les responsables devraient intervenir. Pas seulement distribuer des bouts de papiers sur lesquels on peut lire « venez nous voir si quelqu'un vous intimide ». Un bout de papier, ça ne vaut rien.
C'est sûr que si vous interrogez les intimidateurs, ils vous diront: « mais non voyons donc, c'est pas vrai ». Un ado, c'est presque par définition quelqu'un qui défie l'autorité. Ne vous attendez pas à ce qu'ils se mettent à genoux et qu'ils demandent pardon en pleurant. On n'est pas dans un film. Les méchants ne diront pas « pardon mon'oncle » parce que les gentils ont l'air menaçant.
Ce qu'il faut, aux victimes d'intimidation, c'est plein d'amis ou, du moins, des alliés. Des gens qui vont dénoncer les méchants intimidateurs. Après, ce qu'il faut, ce sont de vraies sanctions. Être suspendu de l'école, pour un ado, c'est cool. Il n'a pas à aller à l'école: la belle vie! Ensuite, ce qu'il faut encore, ce sont des parents qui sont capables de voir que leur enfant chéri mène la vie dure à quelqu'un d'autre et qu'il faut donc punir enfant chéri de manière à ce qu'il n'ait plus envie de recommencer.
Le problème, c'est que souvent, les victimes d'intimidations n'ont pas tout ça. On ne les entend pas, on ne le voit pas et on n'y croit pas.
Je l'ai dit, mon secondaire à moi a été superbe. Une de mes amies n'a pas eu cette chance, pourtant. Elle avait (et a toujours d'ailleurs) cette petite différence qui dérange trop les autres: une petite amie. Ou une blonde, c'est comme vous voulez. Ses camarades de classe, de ce que j'en ai su, la pointaient du doigt, lui disaient des méchancetés. Elle avait même peur de nous dire à nous, ses amies, qu'elle sortait avec une autre fille. Elle nous a présenté la chose comme si c'était monstrueux et qu'on allait certainement lui tourner le dos dès qu'on saurait. Elle en avait presque honte de dire qu'elle était (et est toujours, ça ne change pas) lesbienne. C'est seulement après que nous lui avons dit que nous étions sincèrement heureuses pour elle et que nous n'avions absolument rien contre cela qu'elle nous a révélé son épisode d'harcèlement.
C'est vrai qu'elle paraissait triste, mais je n'aurais jamais pensé que cette amie tout simplement adorable puisse être jugée et harcelée pour quelque chose qui la rend profondément heureuse. Ce que je veux amener comme point, ici, c'est qu'on a tendance à banaliser une déprime qui reste (« il y a beaucoup d'examens ces temps-ci, ça devrait aller mieux dans quelques temps ») ou à avaler les petits mensonges de nos amis (« t'es sûre que ça va? » « oui oui, t'en fais pas, j'ai juste mal à la tête »). On se ferme presque volontairement les yeux parce que ça demande de l'énergie, aider des amis à aller mieux. Et ça, c'est franchement regrettable.
Je ne connaissais pas Marjorie Raymond, mais comme beaucoup de Québécois, son histoire m'a ébranlée. Elle a touché une corde sensible: je l'ai eu facile, la vie, au secondaire, sauf que ce n'est pas aussi rose partout et pour tout le monde. C'est une réalité dure à assumer. Je salue le courage de la mère de cette adolescente pour avoir partagé cet évènement qui, je l'espère, changera les choses.
À la mémoire de Marjorie, revoyez vos méthodes d'interventions, je vous en prie.
À voir:
« Charest dit: "Il faut se poser des questions." NON! Il faut agir!!!! »
Chronique
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