Au petit restaurant où je travaille, il passe des gens de toutes les sortes. Des travailleurs d'un chantier de construction un village plus loin, des routiers plus ou moins pressés parlant plus ou moins français, des touristes faisant une pause repas dans leur voyage Montréal-Québec, des habitués à qui on ne demande même plus ce qu'ils vont commander et enfin, et c'est ce qui m'intéresse ce soir, des fans inconditionnels de hockey qui viennent voir le match chez nous plutôt qu'à la Cage aux sports parce que la petite serveuse est bien sympathique. Le hockey du samedi soir, chez nous, c'est impossible de le rater.
On lance des prévisions sur les joueurs blessés, on s'indigne de la dernière faute impunie, on échange sur l'actualité du sport, on complimente l'équipe de Montréal, on commente la game, tout ça dans une atmosphère assez détendue, sur le ton de la confidence ou de la blague. N'étant pas aussi fan qu'eux, j'écoute les discussions, ris aux blagues, pose parfois des questions sur le jeu. J'aime bien ces soirées hockey, elles trompent l'ennui du samedi soir. Et c'est comme ça jusqu'au moment fatal où l'équipe adverse réussit à compter un but contre le Canadien de Montréal.
Alors là, et ça me renverse à chaque fois, ce n'est plus pareil. Le Canadien? Pff! C'est la pire équipe! Ils n'ont pas gagné un match à date! « Des maudits pourris! »
J'ai de la difficulté à saisir leur raisonnement. J'ai demandé à l'un de ces fans les résultats des matchs précédents. Il a tourné les pages de son journal et nous avons examiné le tableau ensemble. Une victoire, une défaite pour le Canadien. Et il disait qu'ils étaient mauvais et qu'ils ne feraient pas les séries cette année? Attendez Monsieur, je ne comprends vraiment pas.
C'est pareil partout (ou presque): on accumule les réussites, mais dès qu'un échec se glisse dans le portrait, alors l'ensemble est entièrement ruiné, il n'y a plus rien à faire, c'est de la bullshit pure et simple. On se lance dans le négatif à fond la caisse sans même prendre en compte les victoires. On oublie de penser positif et de se dire: « Bon, j'ai merdé sur ce coup-là, mais dans l'ensemble, j'y arrive très bien malgré tout, bravo moi-même! »
Mais vraiment? À une victoire, une défaite, on peut déjà assumer que le Canadien ne fera pas les séries? Le pensez-vous vraiment, Monsieur? L'idée que je me fais pourtant d'un supporter, c'est de supporter justement son équipe, l'encourager et la défendre contre les mauvaises langues, les féliciter dans la victoire comme dans la défaite.
Laissez-leur au moins une chance! La saison vient à peine de commencer! Qui sait, peut-être que c'est notre équipe qui va gagner la coupe Stanley, cette année!
D'ailleurs, mon père fait partie de ces inconditionnellement négatifs. La fin de semaine passée (ou peut-être l'autre d'avant, corrigez-moi si je me trompe), nous avons regardé la fin d'un match ensemble (j'avais pu suivre une partie au restaurant) et le score était serré: 2-2, zappe, revient, 3-3, mon père est de bonne humeur malgré qu'il ait manqué les deux derniers buts. Zappe encore, revient toujours, 4-4.
« Bon, ça va encore aller en prolongation pis y (les Canadiens) vont encore perdre » affirme mon père d'un ton impatient avant de zapper à nouveau le temps de la pause. À la reprise, on reste au poste, assis sur le bout du divan, très absorbés par les échanges et... Le Canadien perd. Déception. Grogne découragée de mon père: « J'te l'avais dit qu'y perdraient! Sont pas capables de gagner un foutu match, ça finit toujours en prolongation ou en tirs de barrage pis y perdent à chaque fois! »
« Mais papa... tu trouves pas qu'ils ont bien jouer? Ils sont quand même pas si mauvais que ça, quand même, non?
- En tout cas, y'ont perdu pareil. »
En tout cas, tu n'arrives pas à nuancer ton point de vue, non plus. Vraiment, s'ils étaient si mauvais, les joueurs du Canadien, pensez-vous qu'ils (peu importe qui s'occupe de ça) les garderaient dans l'équipe? On est d'accord là-dessus, au moins.
Alors, est-ce qu'ils ont une chance, maintenant, les Canadiens, d'entrer dans les séries?
Chronique
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